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Paris-Brest-Paris 2019

Depuis 2016 je suis passé dans le côté obscur de la force. Oui je le dis, cette année je viens sur ce PBP pour faire un chrono. Je sais, je sais ce n'est pas une course. Disons que c'est une course contre moi-même...

Mais alors pourquoi ce revirement après 4 PBP (2 abandons, 2 terminés) ? Tout simplement car ma fidèle randonneuse Follis m'a lâché un jour sur un 300... Je passe de ma randonneuse à un vélo course carbone. Imaginez 10 kg de moins sur la balance en l'espace d'un instant ! Ça fermerait même la gueule de l'autre pingouin de "commejaimelefric.con" !! Bref ça donne des ailes et des envies différentes.

Ça sent bon !
Me voici donc la veille du départ à Rambouillet. Et oui, nouveau départ également pour le PBP. Sur 5 participations, c'est la troisième ville différente qui accueille le petit monde de la longue distance.

Le temps est dégueulasse, des airs de Woodstock, les pieds dans la boue. De bonnes averses nous arrosent le temps de contrôler les machines et récupérer les documents de départ. Je croise aussi pas mal de têtes connues, c'est toujours aussi sympa.

Je suis en compagnie de Didier (avec qui j'avais fait un fameux 300) qui a la gentillesse de m'emmener jusqu'ici. Les formalités étant accomplies, nous filons à Villiers-le-Morhier distant de 25 kilomètres pour rejoindre Thierry et Véronique qui ont réservé un emplacement de camping.

Après une nuit sous la tente (moins désastreuse que prévue, j'ai relativement bien dormi), il faut se préparer. Nous avons le temps, Thierry et moi sommes dans le sas A (16 h), Didier sas C (16 h 30). Quelques averses nous emmerdent encore, je préfère que ça tombe maintenant plutôt que cet après-midi. Nous ingurgitons une bonne platée de pâtes, nous aurons besoin de toute cette énergie un peu plus tard...

L'attente commence
Nous voici sur le site de départ. Les sas ne sont pas encore positionnés, nous ne savons pas trop où nous mettre ! Tant bien que mal les choses se mettent en place. Nous sommes dans le bon sas, tout va bien. Un Indien est en plein stress car il a inversé sa plaque de cadre ! Il tremble comme une feuille. Pas facile pour les étrangers, je ne me moque pas car je serai dans le même état a sa place.

45 minutes avant le départ nous pouvons enfin avancer pour tamponner la carte de route. Maintenant c'est à moi d'avoir un coup de stress car ma plaque est mal positionnée d'après les bénévoles qui nous contrôlent (la plaque doit être bien horizontale). Je ne suis pas le seul. Des colliers sont disponibles pour remettre correctement cette foutue plaque. Mais avec une pince non-coupante ce n'est pas facile. Allez c'est bon, j'ai mon coup de tampon (le premier d'une longue série j'espère). Tout compte fait nous avons du temps avant d'être lâché par le coup de pistolet de la délivrance !

Je repense à ma stratégie de départ. Elle est simple : accrocher des groupes ne roulant pas trop fort. Puis des arrêts très courts. Je suis autonome en bouffe jusqu'à Brest. Donc en théorie, je pointe et je remplis mes bidons aux contrôles et basta !!

Le sas A
Quant à mon objectif; il est de réaliser moins de 60 heures !! Je m'en sens tout à fait capable... mais la route est longue et on ne sait jamais ce que la réalité du terrain va nous réserver !

Pour l'heure le départ n'est pas encore donné et j'avoue qu'une pointe d'appréhension m'envahie. Prendre le départ d'un PBP est toujours assez émouvant (même pour la cinquième fois). En plus cette année je suis dans les groupes des moins de 80 heures, une incertitude supplémentaire, surtout pour le départ qui me tend un peu. Allez il faut nous lâcher maintenant !!! Les discours et autres consignent de sécurité s'attardent.

Départ de Rambouillet à 16 h 03 précises.

Le temps de sortir du site de la Bergerie Nationale le peloton de 250 cyclos est déjà bien étiré. Ça roule fort, comme je l'imaginai ! J'arrive à voir la tête de course, mais jamais je ne pourrai m'en approcher. Nous prenons toute la route, je ne suis pas rassuré, je m'accroche comme je peux. L'avantage cette année, c'est que nous sommes tout de suite à la campagne, pas besoin de sortir d'une grosse agglomération. Il faut quand même être très vigilant surtout dans les traversées des villes et villages. Je suis au taquet, le 50x12 fume... je n'ai pas plus long ! La première heure 35 kilomètres sont avalés. J'insiste encore un peu puis le groupe de tête s'éloigne inexorablement ! J'oubliai de dire que le vent est défavorable, plein ouest, donc jusqu'à Brest.

On tente de former un groupe
Des groupes tentent de se former, et j'ai l'espoir de prendre un "bon wagon". Mais comme nous sommes à la kermesse et que le concours de la plus grosse kékette est lancé. Les mecs passent en mettant de grosses mines, plutôt que de prendre des relais... Il en sera ainsi pendant environs 3 heures. Les premiers du sas B reviennent sur nous. Les 2 groupes ne forment qu'un. Une voiture arrive en face, tout le monde se déporte sur la droite. Inévitablement ça freine au milieu du groupe et chute d'une bonne partie du peloton. Par chance j'évite la chute en passant sur le bas coté ! J'ai ma dose, les gros groupes c'est fini. Je me retrouve seul à Longny-au-Perche. Je suis surpris d'être encouragé par des : Allez Yvan ! C'est toujours bon pour le moral. Des groupes plus ou moins importants me passent, je n'arrive pas à prendre les roues. Je n'ai vraiment pas de puissance, c'est rageant ! Je me sens vraiment mauvais, nul sur ce coup là... Je n'insiste pas et avance à mon rythme. A Mortagne-au-Perche il n'y a pas de contrôle, juste un accueil. Je passe sans m'arrêter.

Ma stratégie est un peu écorné car ma vitesse roulante ne sera pas comme je l'avais imaginé. Les arrêts devront être ultra courts pour compenser. Je garde un rythme correct (il faut quand même avancer) malgré le vent toujours présent. J'arrive à Villaines-la-Juhel à 23 h 48. Pointage et plein des bidons me prennent 11 minutes et je n'ai pas traîné !

Je repars de Villaines-la-Juhel KM 217 à 23 h 59 soit 7 h 59 de route (27.2 km/h)

Un groupe s'éloigne
Le morale est bon, tout se passe bien. Première info, il n'y a pas de bousculade au contrôle ! J'arrive à prendre des groupes sur quelques kilomètres. Mais l'effort que me demande un changement de rythme ne me sera pas bénéfique sur le reste du parcours. C'est du moins mon calcul, je me connais bien. Je me mets donc dans ma bulle en mode gestion. Rien de significatif sur ce tronçon. Je suis à Fougères à 3 h 38. Je pointe et enfile mes jambières, 6 minutes d'arrêt. Et encore Philippe me fait la surprise d'être présent ici. J'échange quelques mots rapidement...

Je repars de Fougères KM 306 à 3 h 44 soit 11 h 44 de route (26 km/h)

Cette étape ne fait que 54 kilomètres. Toujours seul face au vent. Le vent n'est pas très fort mais il est bien présent. Malgré l'heure avancée je n'ai pas la moindre envie de dormir. En général la première nuit passe toujours bien. Pas de problème particulier. Il est 6 h 09 quand je pose mon vélo. Tiens Philippe est de nouveau présent, il me propose du Perrier. Je me fais un bidon avec. Je file pointer et je repars. Pour le tout 6 minutes montre en main, je ne m'attarde pas c'est le moins que l'on puisse dire ! C'est prévu ainsi...

Je repars de Tinténiac KM 360 à 6 h 15 soit 14 h 15 de route (25.3 km/h)

Toujours seul et face au vent
Le profil va commencer à changer un peu et ce n'est pas pour me déplaire. Niveau timing je suis très bien car je devais passer au plus tard à 9 h 33. Horaire basé sur 20.5 km/h pour finir en moins de 60 h. Le jour se lève, les températures ont été assez supportables cette nuit. Je conserve mes jambières (je porte mes manchettes depuis le départ), en fait je ne les quitterai plus jusqu'au bout. J'ai toujours du mal à enlever des couches. Je ne vois plus de gros groupes me passer, tout au plus 10/15 unités. Une chose est sûr je ne double personne ! Les encouragements des gens sur le bord de la route sont sympas et ça fait du bien. Me voici déjà à Loudéac, il est 9 h 59. Cette fois-ci je dois refaire le plein des bidons (1 bidon au 100 km, c'est ma consommation quand il ne fait pas chaud) eau + poudre. Je croise aussi Thierry qui s'apprêtait à repartir, il roule fort et s'arrête plus longtemps, comme à son habitude. Chacun gère au mieux sa progression. Le temps a filé car je suis resté ici 17 minutes !

Je repars de Loudéac KM 445 à 10 h 16 soit 18 h 16 de route (24.4 km/h)

C'est le gros morceau qui arrive. Profil très accidenté, il va falloir jouer du dérailleur ! Je passe les difficultés tranquillement. Arrivé à Saint-Nicolas-du-Pélem, c'est le contrôle secret de l'aller, 5 minutes d'arrêt le temps de pointer (long pour un coup de tampon, non ?). J'ai de l'avance, je gère l'affaire. Entre deux contrôles le temps n'est pas trop long, ça passe vraiment bien. Les jambes tournent correctement, les voyants sont au vert ! Carhaix-Plouger est là, il est 13 h 48. Pointage point barre, 6 minutes. Les contrôles sont déserts, ils ont un air de hors-délai. Comme je l'avais vécu en 2007. Mais là c'est tout le contraire !

Je repars de Carhaix-Plouger KM 521 à 13 h 54 soit 21 h 54 de route (23.8 km/h)

Ah, je l'aime ce dernier tronçon avant Brest, il me convient très bien. Surtout la première partie menant sur Huelgoat. Je crois que c'est ici que je vois Thierry pour la dernière fois, il emmenait un petit groupe. J'essaie de me mettre dans les roues, mais un tandem nous dépasse, Thierry saute dans les roues, pas moi... Après le passage du Roc'h Trévézel, il ne suffit pas de se mettre en roue libre et de fumer la pipe ! Car je vous le rappelle le vent est de face. Il devient bien plus fort à l'approche de Brest. Il faut donc appuyer sur les pédales. A Sizun, je croise Guy. Il m'a mis 3 bonnes heures dans la tronche (nous étions dans le même sas), au vu de son palmarès rien d'étonnant non plus ! Allez plus que quelques kilomètres avant de faire demi-tour. Je traverse le pont Albert Louppe, toujours un grand moment là aussi. Je prends le temps de bien en profiter. Je n'ai pas reconnu notre Roland national dissimulé derrière son appareil photo, dommage j'aurais bien voulu le saluer... Me voici donc a mi-parcours, il est 18 h 09. Je prends un peu plus le temps de souffler, j'en profite aussi pour passer un coup de fil à mon épouse. Pointage et plein des bidons. Pour se ravitailler il faut pas mal galoper, donc pas pour moi (il me reste un sandwich). Je roule, je ne marche pas... Je bavarde aussi avec des membres de mon club de l'ACP. J'apprends que même pas 200 cyclos sont déjà passés (même pas un sas complet, c'était bien la peine que les mecs passent comme des abrutis à 45 km/h...), je suis assez surpris. Ça explique aussi le peu de vélo sur les routes.
Sur le pont Albert Louppe

Bilan de la première partie : 26 h 30 dont 1 h 07 d'arrêt aux contrôles (21 minutes pour Brest). Très bien pour moi, j'ai 3 h 15 d'avance sur mon plan. J'ai 33 h 29 pour le retour, ça devrait le faire... MAIS PBP COMMENCE MAINTENANT !

Je repars de Brest KM 610 à 18 h 30 soit 26 h 30 de route (23 km/h)

Second passage au Roc'h Trévezel
En plus de suivre les flèches "Paris", j'ai ENFIN le vent favorable !! Le parcours est différent de l'aller, je rejoins l'itinéraire commun avant Sizun. Je croise les participants allant sur Brest, c'est grisant il faut bien le dire ! Je passe de nouveau le Roc'h Trévézel, la descente est plus reposante qu'à l'aller. Je m'arrête pour enfiler ma veste, ça caille. Nous empruntons ensuite la D764 qui est directe jusqu'à Carhaix-Plouger. J'y suis à la tombée de la nuit, 22 h 19. Le contrôle est bien plus encombré qu'à l'aller, ça grouille de partout. En plus de la routine habituel du contrôle, je dois acheter ma bouffe à la restauration rapide. Coût : 26 minutes d'arrêt !

Je repars de Carhaix-Plouger KM 693 à 22 h 45 soit 30 h 45 de route (22.5 km/h)

Une deuxième nuit commence
J'attaque donc la seconde nuit, je prends un gel de caféine. Au contrôle j'ai mis une canette de Redbull dans une poche arrière au cas où. Il fait déjà bien frais. Cette année pour éviter d'avoir les phares des participants en sens inverse, le parcours retour passe par une nouvelle portion. Je la trouve plus difficile qu'à l'aller, des bonnes patates se dressent devant ma roue. Je perds encore 8 minutes au contrôle secret de Saint-Nicolas-du-Pélem. Vous allez dire : "il psychote le Yvan avec ses minutes de perdues". Mais non c'est bel et bien une réalité. Il faut que je gère au mieux mon temps car la moyenne globale ne va cesser de diminuer. Il faut donc toujours être en mouvement, même si la vitesse est faible. Je m'envoie ma canette de Redbull car mes yeux commencent à se fermer. Ça va encore mais je sais que le fin de nuit va être difficile. Je maudis ce nouveau tracé, à un moment j'ai cru que je n'étais plus sur le parcours officiel tant les routes étaient petites. Je ne sais plus où, mais il a eu un moment assez surréaliste : un petit groupe est devant moi, et d'un coup un mec sort de je ne sais où avec une lampe torche à la main en criant attention virage dangereux. Ça a freiné fort, limite de tomber. Et effectivement un virage assez serré nous attendait. L'avantage c'est que ça réveille ! Les motards de l'ANEC font aussi beaucoup d'aller retour. Ils ont toujours un geste sympa, c'est rassurant de les avoirs avec nous ! L'arrivée sur Loudéac est interminable. C'est à 4 h 10 que j'arrive enfin (5 h 25 pour faire 90 kilomètres...). Le contrôle est là aussi bondé ! 28 minutes me sont nécessaire pour en repartir.

Je repars de Loudéac KM 783 à 4 h 38 soit 36 h 38 de route (21.4 km/h)

Tinténiac, la gueule de bois 
En plus de la fatigue les températures sont glaciales. Je suis dans le dur et il faut que je tienne jusqu'au lever du jour. Je suis seul, mes jambes tournent machinalement. Je ne dois pas être à plus de 10 km/h. Tenir. Rouler. Tenir. Rouler. Vers 6 h je m'arrête quelques instants pour reprendre mes esprits. Technique micro sieste à la Yvan : je m'arrête, je reste sur le vélo, je pose mes avants-bras sur le cintre, je ferme les yeux. Quand ma tête et mes épaules se relâchent complètement et tombent, je me réveille, ma micro sieste est faite. Je repars. 30 minutes plus tard à Ménéac, je m'octroie 5 minutes, je suis explosé. Il y a quelques cyclos allongés un peu partout. Je bouffe quelques barres de céréales (j'ai faim c'est bon signe pour moi) et je file. Je suis congelé, putain c'est hard ! Le jour fini par se lever, je suis sauvé... Mon corps se réchauffe peu à peu. Je ne fais plus trop attention aux participants étant encore à l'aller. J'arrive à Tinténiac à 9 h 17. Je reviens du pointage sans avoir fait le plein. Je cherche mon vélo un bon moment, putain je l'ai posé où ? Je le trouve enfin, je prends mon bidon. Je reviens sur le parc à vélo. Rebelotte, putain je l'ai mis où mon vélo. Je le retrouve une seconde fois ! Comique après coup, mais sur l'instant j'étais fou de rage !! 19 minutes pour tamponner et remplir 1 bidon, t'es un champion... de la connerie !

Je repars de Tinténiac KM 869 à 9 h 36 soit 41 h 36 de route (20.9 km/h)

Après cette nuit éprouvante mon avance a fondue comme neige au soleil. Je devais passer ici à 10 h 23, il est 9 h 36, il me reste 47 minutes d'avance et environ 350 kilomètres à faire ! C'est pas gagné... Rouler, ne pas cogiter, mode commando activé ! Un cyclo local me tient compagnie à la sortie de Tinténiac, un ancien vélociste. Ça me change les idées de parler un peu. Je ferai 25 kilomètres avec lui, il me laisse à Sens-de-Bretagne. Je me remets dans ma bulle. Je suis très surpris de croiser des cyclos allant sur Brest, il va falloir m'expliquer ! C'est ensuite 2 autres locaux qui prennent le relais, cool. Je crois que eux m'accompagnent jusqu'à Saint-Sauveur-des-Landes. C'était très agréable. Il ne me reste qu'une dizaine de kilomètres pour atteindre Fougères. J'y suis à 12 h 09. Pointage et shopping, 12 minutes d'arrêt (peu de monde au contrôle).

Je repars de Fougères KM 923 à 12 h 21 soit 44 h 21 de route (20.8 km/h)

Go fast
J'ai à peu près stabilisé mon écart, 40 minutes d'avance. C'est à partir d'ici que je vais croiser Alain (qui à participé à certains BRM de Ménigoute, il nous avait impressionné a ces occasions) sur les contrôles et entre les contrôles. Il roule beaucoup plus vite que moi, je le double dans les contrôles... Je me sens bien. Je repère aussi que ce sont toujours les mêmes groupes qui me doublent. D'ailleurs ils m'invitent à les rejoindre mais j'ai du mal, comme depuis le départ ! MAIS je décide que j'en ai marre de subir et je me colle derrière un groupe, putain ça roule à 30-35 voire 40 km/h. Evidemment je ne peux prendre un relais. Je bataille plutôt pour rester au contact. Je vois le mec devant moi, un Suédois entrain d'envoyer des SMS, blasant... Je sais bien que je ne pourrais pas suivre très longtemps mais ça me rend bien service. Après une heure dans ce "go fast" je reprend mon rythme. Ça m'a fait du bien et ma moyenne globale à repris 100 m ! A 16 h 21 me voilà à Villaines-la-Juhel. Je me remets en selle 13 minutes plus tard.

Je repars de Villaines-la-Juhel KM 1012 à 16 h 34 soit 48 h 34 de route (20.9 km/h)

J'ai repris 7 minutes d'avance, je me contente de peu (donc 47 minutes sur mon plan). Une autre chose qui me fait plaisir, je suis enfin passé sous la barre des 50 heures pour 1000 kilomètres (mon meilleur BRM 1000 est de 51 h 24 en 2018). Je suis donc plein d'allant pour finir ce PBP, il reste tout de même 200 bornes à couvrir. C'est encore assez vallonné. Je ne me souvenais plus qu'en approchant de Mortagne-au-Perche les pentes étaient aussi sévères. La dernière m'a bien cassée les pattes. Subitement je suis pris de maux de ventre assez forts. Normal je bouffe des barres et des sandwichs arrosé de poudre depuis longtemps, il va falloir évacuer tout ça... A 20 h 52 je suis sur le site de contrôle. Je passe aux toilettes (le mal de ventre s'en va). Je fais le plein de bouffe et de boissons car je ne compte pas traîner au prochain contrôle. Je m'équipe aussi pour la dernière nuit, j'ai déjà froid. Et je n'oublie surtout pas d'appeler mon épouse pour lui donner les dernières infos. Un gel de caféine et c'est parti. 22 minutes, c'est long quand même.

Je repars de Mortagne-au-Perche KM 1097 à 21 h 14 soit 53 h 14 de route (20.6 km/h)

Faut pas mollir, plus que 16 minutes d'avance. Ça va être tendu ! Il reste une vingtaine de kilomètres vallonnée, puis du plat. Mais je sais aussi que j'entame une troisième nuit, je rappelle que je n'ai pas dormi depuis le départ (en fait depuis dimanche matin au camping). Inutile de penser que j'aurai de la compagnie. Il ne devait pas y avoir plus de 20 vélos sur le parc de Mortagne-au-Perche. Va falloir se sortir le doigt du cul et ne compter sur personne. Bref je suis tout seul dans mon cuissard ! La nuit est bien noire et les hallucinations sonores apparaissent dans un premier temps. En fait j'entends des voix plus ou moins familières, qui sont inaudibles, comme des murmures. J'ai l'habitude de ce phénomène sur des 1000 lors de la seconde nuit. Je pense que mon cerveau cherche des mécanismes pour me garder éveillé. Pour l'heure pas de danger, je gère. Je poursuis ma route avec ma bande de "copains", c'est difficile à expliquer. Je ne réfléchis plus en "je" mais en "on". L'approche de Dreux est longue, très longue. J'ai l'impression (on a l'impression) de tourner en rond. Le contournement du stade municipale m'achève ! Il est 1 h 23, je file pointer une dernière fois. Mine de rien le contrôle est assez loin du parc à vélo. Je me colle un gel de caféine et une canette de Redbull. J'espère que le coup de fouet me portera jusqu'au bout. Sinon c'est mort pour les moins de 60 ! Et ce ne sont pas les 16 minutes passées ici qui m'arrange...

Je repars de Dreux KM 1174 à 1 h 39 soit 57 h 39 de route (20.4 km/h)

Le bestiau à l'arrivée !
Je n'ai plus d'avance, j'ai même 23 minutes de retard par rapport à mon plan. Mais ce plan est basé sur 59 h 30. Je suis donc limite sur 60 h, pas de droit à la moindre défaillance ou problème mécanique. Rouler, rouler, rouler est mon seul salut ! Problème; la seconde phase de la fatigue sont les hallucinations visuelles qui s'ajoutent aux sonores. Vous suivez ? Moi oui ! Ultime manœuvre : la frontale pleine puissance dans la gueule !! Façon interrogatoire "nous avons les moyens de vous faire pédaler !". Et ça fonctionne ! Coup de bol, 3 mecs arrivent (ils ont dû se dire que j'étais barge). J'embraye et me colle devant, les mains en bas du guidon. Je pédale en donnant tout ce que je peux, pas le choix. La motivation, la détermination donnent des ressources qu'on n'imagine pas. Je suis sur un petit nuage, vraiment ! Au bout d'un moment 2 gars s'échappent peu à peu. Le troisième reste dans ma roue, il ne passera jamais... Je pensais le final tout plat, et bien non il y a de belles bosses. Je vois le chrono qui tourne, 59 h. Je n'ose pas regarder le kilométrage. Je roule. 59 h 30, toujours pas de Rambouillet à l'horizon... Je m'arrache, nous sommes en pleine forêt, j'ai l'impression d'être complètement perdu. On entre enfin dans Rambouillet mais ce n'est pas encore fini. Un bénévole nous indique la direction, encore 2 bornes pour traverser le parc du domaine du château de Rambouillet. C'est quasiment au sprint que j'arrive à la Bergerie Nationale. Je coupe la ligne à 3 h 47. Heureux, content, soulagé ! Je ne sais plus ! Mais je l'ai fait ! Je n'ai rien lâché, jamais...

Arrivée à Rambouillet KM 1223 (au compteur) à 3 h 47 soit 59 h 44 (20.5 km/h)

Tous mes passages
Bilan de la seconde partie : 33 h 14 (6 h 44 de plus qu'à l'aller, les nuits ont fait mal) dont 2 h 16 d'arrêt aux contrôles (1 h 09 de plus qu'à l'aller, le double en gros).

Bilan sur l'ensemble du parcours : 59 h 44 dont 55 h 24 roulé (22.1 km/h) ; soit 4 h 20 d'arrêt dont 3 h 23 aux contrôles; le reste 57 minutes sur la route (essentiellement pour pisser !).

La moyenne roulée est très faible, je serai curieux de comparer les moyennes des autres participants avec +/- le même temps que moi. Je dois être le plus (ou l'un des plus) lent...

Conclusion

Ce PBP ne s'est pas passé comme je l'imaginai. Ce fût même tout le contraire. Cela ne m'a pas empêché d'atteindre mon objectif. Mais j'aurai bien aimé avoir un peu de compagnie. Quelque soit mes temps sur les autres éditions, j'ai toujours roulé seul, c'est ma destiné... Mais si un jour je veux améliorer mon temps, je dois absolument être capable d'accrocher des groupes. J'ai 4 ans devant moi !

La question typique : quel plaisir prenez-vous dans la douleur ?

Vu de l'extérieur j'imagine et j'accepte qu'on puisse ne pas comprendre pourquoi se mettre dans un tel état de fatigue (plus que de souffrance) pour une randonnée (qui n'est pas une course, je sais, je sais...). C'est un challenge personnel, et quand je me lance, j'essaie de tout mettre en oeuvre pour réussir. Parfois ça ne passe pas. C'est la belle incertitude de notre passion. Mais quand ça passe, aller au-delà, repousser ses limites physiques et surtout mentales sont pour moi une grande satisfaction tout simplement. Je ne le fais pas pour battre qui que ce soit, je suis mon plus coriace adversaire...

Rien ne serait possible sans le soutient de mon épouse et de ma fille... Mille mercis, je vous aime.

Merci à l'ACP et à tous les bénévoles qui nous permettent de vivre notre passion. Egalement à tous les gens sur le bord des routes qui donnent la dimension mythique du Paris-Brest-Paris.

Merci aussi à Véronique, Thierry et Didier avec qui j'ai passé de bons moments avant et après le PBP.

Album photo


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